La ligne de crabe UE-Norvège pourrait alimenter les tensions pétrolières dans l'Arctique

Anonim

À première vue, une bataille acharnée entre l’Union européenne et la Norvège dans une partie reculée de l’Arctique concerne les crabes des neiges.

Mais le véritable combat peut aller au-delà de ceux qui attrapent les modestes crustacés autour de Svalbard, un archipel norvégien unique dans la mer de Barents.

Ce qui est vraiment en jeu, c’est le pétrole, disent certains experts, et une course à venir pour la marchandise dont il ya beaucoup dans la région polaire.

"Aucun pays ne veut renoncer aux ressources sans recevoir quoi que ce soit en retour. C'est là aussi le principe", a déclaré à l'AFP le ministre norvégien de la Pêche, Per Sandberg.

La Norvège, qui n'est pas membre de l'UE, a critiqué Bruxelles pour avoir autorisé des navires européens provenant principalement de pays baltes à pêcher des crabes dans la région de Svalbard, affirmant qu'elle violait sa souveraineté nationale.

Un navire letton a déjà payé le prix. En janvier, un navire appelé "The Senator" a été intercepté par les gardes-côtes norvégiens alors que le crabe pêchait autour de Svalbard et a récemment reçu une lourde amende.

"Ce qui est arrivé est totalement nouveau", déclare Sandberg. "L'UE n'est pas décidée à prendre ce genre de décision sans nous consulter."

Les interprétations contradictoires de l'UE et de la Norvège du traité de Svalbard de 1920 signé à Paris sont au cœur du problème.

Le traité reconnaît la "souveraineté totale et absolue" de la Norvège, mais accorde aux nations signataires un droit égal aux activités économiques sur le Svalbard et ses eaux territoriales.

La question centrale est de s’accorder sur la portée géographique du traité et dans quelle mesure tous les États signataires bénéficient d’un accès égal aux ressources.

Avec une interprétation stricte du traité, Oslo affirme que l'accord ne s'applique qu'aux limites de 12 milles des eaux territoriales entourant Svalbard et non plus.

Mais Bruxelles a une interprétation plus souple du traité et dit qu'elle couvre 200 milles autour de Svalbard, conformément au concept de zone économique qui n'existait pas lors de la signature du traité.

Huile dans la ligne de mire

Le crabe des neiges, enregistré pour la première fois dans la mer de Barents en 1996, est une espèce envahissante, et surtout une espèce sédentaire, qui vit en contact permanent avec le fond marin.

Cela signifie que les règles applicables aux crabes des neiges sont plus proches du pétrole que de la pêche.

Le différend sur le crabe pourrait créer un "précédent" qui aurait "des implications pour le pétrole et le gaz", prévient Harald Sakarias Brovig Hansen, chercheur à l'Institut Fridtjof Nansen.

"Nous craignons un effet domino. Si un acteur est reconnu comme ayant le droit de pêcher le crabe des neiges conformément au traité, alors de nombreux autres viendront probablement réclamer une part du gâteau", a-t-il déclaré.

Le gâteau pourrait s'avérer très appétissant puisque la Direction norvégienne du pétrole a doublé en avril ses estimations des réserves d'hydrocarbures dans la partie norvégienne de la mer de Barents.

Une grande partie des 17, 7 milliards de barils de la région pourrait se trouver dans le sud-est de Svalbard, selon la direction.

Les compagnies pétrolières se cachent. La Norvège a déjà accordé des licences d’exploration qui s’étendent dans la zone litigieuse et le géant national de l’énergie Statoil, toujours plus au nord, prévoit de forer dans la région cet été.

Ces forages dans la perspective de Korpfjell, considérés comme très prometteurs, pourraient irriter les autres signataires du traité de Svalbard et les amener à revendiquer un accès égal au pétrole.

"Je pense que le crabe des neiges est un ballon d'essai", explique Per Arne Totland, auteur et expert des problèmes de Svalbard.

"Dans ce cas, la Russie, les Etats-Unis, l'UE et la Chine ont un intérêt commun à obtenir le plus large accès aux ressources que le traité pourrait leur offrir."

Dans un geste de conciliation avec l'UE, Oslo a proposé de réserver une partie de son quota de crabe des neiges - 500 tonnes sur un total de 4 000 tonnes - à d'autres pays européens en échange de quotas de pêche. Mais l'UE a refusé cette proposition car l'acceptation de l'accord renforcerait la position norvégienne sur le traité.

Bruxelles veut "un arrangement pratique avec la Norvège qui permettrait la poursuite des activités de pêche au crabe des neiges, sans renoncer à l'interprétation par l'UE du traité de 1920", a déclaré à l'AFP le porte-parole de la Commission européenne, Enrico Brivio.

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