Insectes envahissants - un coût sous-estimé pour l'économie mondiale

Anonim

Les insectes envahissants causent au moins 69 milliards d'euros de dégâts par an dans le monde. Telle est l'estimation d'une équipe de recherche internationale dirigée par Franck Courchamp, directeur de recherche CNRS au Laboratoire Ecologie, Systématique et Évolution (Université Paris-Sud / CNRS / AgroParisTech) et comprenant notamment des entomologistes de l'IRD Montpellier et un économiste du CNRS. Leur étude a rassemblé la plus grande base de données jamais développée sur les dommages économiques imputables aux insectes envahissants dans le monde. Couvrant les dommages aux biens et services, les coûts des soins de santé et les pertes agricoles, cette étude menée avec le soutien de l'ANR et de la Fondation BNP Paribas a examiné 737 articles, livres et rapports. Ce travail a été publié dans Nature Communications le 4 octobre 2016.

Pourquoi étudier les insectes? Depuis des millénaires, les insectes sont responsables de la propagation des maladies chez l'homme et le bétail et causent des dégâts considérables à plusieurs niveaux: attaques contre les cultures et les stocks, destruction des infrastructures, destruction des forêts, altération et affaiblissement des écosystèmes.. Dans le monde vivant, les insectes seuls (environ 2, 5 millions d’espèces) sont probablement le groupe responsable des dépenses les plus importantes. En outre, ils sont parmi les espèces envahissantes les plus agressives: 87% des 2500 invertébrés terrestres qui ont colonisé de nouveaux territoires sont des insectes.

Dommages sous-estimés

Les scientifiques ont estimé que les dégâts économiques minimum causés par les insectes envahissants étaient de 69 milliards d'euros par an. Parmi les insectes étudiés, le termite de Formose (Coptotermes formosanus) est l'un des plus destructeurs, causant plus de 26, 7 milliards d'euros de dégâts par an dans le monde. Cependant, selon le groupe de recherche, cette estimation est basée sur une étude insuffisamment documentée. Des études plus saines (considérées comme reproductibles par les scientifiques) placent également la teigne du chou (Plutella xylostella), avec un coût de 4, 1 milliards d'euros par an, dans une position élevée, comme le longicorne brun de l'épinette (Tetropium fuscum), qui coûte 4 milliards d'euros au Canada seulement.

En outre, selon cette étude, l’Amérique du Nord subit les pertes financières les plus importantes, à 24, 5 milliards d’euros par an, alors que l’Europe n’atteint actuellement que 3, 2 milliards d’euros par an. Cette différence s'explique toutefois plus par un manque de sources d'évaluation que par une différence d'exposition à ces dangers. Ainsi, selon les chercheurs, l’estimation du coût annuel total de 69 milliards d’euros est largement sous-évaluée. De nombreuses régions du monde n'offrent pas suffisamment de données économiques pour produire une estimation précise, qui est donc minimisée. En outre, l’équipe de recherche s’est concentrée sur l’étude des dix espèces envahissantes les plus coûteuses, sans compter le très grand nombre d’entre elles causant moins de dégâts. Enfin, compte tenu des valeurs estimées des services écosystémiques à l’échelle mondiale (des centaines de milliards de dollars pour la seule pollinisation des cultures), les perturbations causées par les insectes envahissants pourraient atteindre un niveau très supérieur à l’estimation actuelle.

La santé et l'agriculture sont les plus touchées

Dans l’ensemble, les insectes pèsent lourdement sur l’agriculture en consommant 40% de la récolte (de quoi nourrir un milliard de personnes).

En ce qui concerne la santé, le coût total attribuable aux insectes invasifs dépasse 6, 1 milliards d'euros par an (sans compter le paludisme, le virus Zika ou les impacts économiques sur le tourisme ou la productivité, etc.). D'un point de vue géographique, les régions du monde où les dépenses médicales liées aux insectes invasifs s'avèrent les plus importantes sont l'Asie (2, 55 milliards d'euros par an), l'Amérique du Nord (1, 85 milliard d'euros par an) et l'ensemble du centre et du sud. Amérique (1, 66 milliard d'euros par an). Parmi les maladies ayant le plus d’impact économique, on trouve d’abord la dengue, dont les coûts représentent 84% des 6, 1 milliards d’euros.

Selon les auteurs, une vigilance accrue et l’élaboration de procédures pour faire face aux invasions biologiques feraient économiser à la société des dizaines de milliards d’euros. Ces mesures préventives pourraient diviser par dix le coût des maladies causées par les moustiques.

menu
menu